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La Pariser Tante
On l’appelait la tante de Paris… Si vous êtes originaire du secteur, ce personnage vous parle certainement et évoque un membre de votre famille ! Une figure à la fois familière et fascinante dans nos villages alsaciens. Pas une famille qui n’ait compté une sœur, une cousine, une marraine ou une grand-tante « montée à Paris » pour travailler dans une grande maison. Un vrai mythe… mais bien ancré dans la réalité.
Quitter le nid, à 13 ou 14 ans
À peine sorties de l’école primaire, les jeunes filles choisissaient leur avenir : rester au village pour aider à la ferme, entrer en apprentissage… ou partir. Celles qui rêvaient de plus grand, et dont la famille avait quelques relations ou l’appui du curé, montaient à Paris.
Mais avant cela, étape obligatoire : le pensionnat. À Marlenheim, Friedolsheim ou Saverne, les religieuses préparaient les jeunes filles au service : cuisine, couture, hygiène, discrétion. Les pensionnats catholiques et protestants formaient des « perles rares », très convoitées par les familles bourgeoises des grandes villes.
Paris, terrain d’apprentissage… et de contraste
Arrivées à Paris, les jeunes Alsaciennes deviennent nourrices, cuisinières, lingères, parfois même modistes. Les plus chanceuses travaillent dans des hôtels particuliers où le personnel est nombreux et les étés se passent en villégiature, entre montagne, villes d’eaux et Côte d’Azur.
Mais la plupart mènent une vie rude. Elles dorment sous les toits, dans des chambres glaciales, mal isolées, qu’on rejoint par un escalier de service. Le confort est sommaire : une table, un broc, un lit, une lucarne. Les toilettes sont collectives. Les patronnes leur interdisent souvent de parler aux employés des autres appartements.
Et pourtant, elles tiennent bon. Dimanche après-midi, elles filent au foyer paroissial ou rendent visite à un cousin, une amie, un parrain. Ce petit moment de liberté est précieux dans une semaine rythmée par les horaires, les corvées, le silence.
Anecdote : une Pariser Tante raconta un jour que ses parents ne la crurent pas quand elle expliqua qu’à Paris, on éclairait une pièce « en tournant un bouton sur le mur »… L’électricité semblait de la pure magie.
Ambassadrices de la modernité
À leur retour au pays, souvent pour se marier, les Pariser Tante ne rentrent pas les mains vides. Elles ramènent des recettes — sauce au vin, glaces, desserts raffinés — mais aussi des objets : machine à coudre, linge fin, vaisselle de porcelaine. Elles transmettent le bon goût, les manières, l’amour du français bien parlé.
Elles sont les premières à encourager leurs parents à installer l’électricité, puis l’eau courante. Elles abonnent leurs filles à des magazines féminins. Elles ne manquent jamais de renouveler leur garde-robe à Pâques et à la Toussaint.
Bref, elles font entrer Paris dans les maisons du Kochersberg.
Des empreintes durables dans nos villages
Le rôle des Pariser Tante dépasse la sphère domestique. Ce sont elles qui, souvent, ont incité leurs enfants à poursuivre leurs études, à sortir du schéma traditionnel. Elles ont montré que l’on pouvait vivre ailleurs, voir autre chose, et revenir plus forte.
Leur souvenir est parfois encore bien vivant : dans une carte postale jaunie d’un grand monument parisien, dans un vieux carnet de recettes, dans un parfum resté sur une écharpe…
Anecdote : certaines Pariser Tante étaient si appréciées par leurs employeurs qu’elles étaient invitées à leurs funérailles, preuve d’une fidélité et d’un respect rares.
Une histoire à transmettre
Aujourd’hui, à l’Office de Tourisme du Beau Jardin, nous croyons que les histoires de ces femmes méritent d’être racontées. Elles sont à la fois mémoire et moteur : mémoire d’un temps pas si lointain où quitter son village était une aventure, moteur de transmission d’un esprit d’ouverture, de courage et de finesse.
Et si vous tendez l’oreille dans un village du Beau Jardin, vous entendrez peut-être encore une mamie chuchoter :
“Ma tante à moi, elle avait vu l’Opéra, cuisinait des profiteroles… et avait même croisé Mistinguett !”
La Pariser Tante sera au cœur de la prochaine exposition du rez-de-chaussée de la Maison du Kochersberg à Truchtersheim, à partir du 19 février prochain. L’exposition du 1er étage, « Du houblon à l’esprit de la bière » ouvrira quant à elle à partir du samedi 14 mars 2026.
Plus de renseignements : www.maisondukochersberg.alsace
💌 Vous aussi, vous avez une histoire de Pariser Tante dans votre famille ? Venez nous la raconter à l’Office ou écrivez-nous : on adore ces tranches de vie !
Source utilisée
- Article La Pariser Tante par Marie-Claire BURGER – Kocherschbari N°92 – Noël 2025
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